BILAN PROVISOIRE À DIMENSION HUMAINE (et non-officiel)

11 octobre 2016

Par : Michel Guillemette, Conseiller Haïti et chargé de projets Fonds Urgence-Haïti
Fondation Internationale Roncalli

1- Contexte 

Le cyclone Matthew de catégorie 4 (235 km/h) est passé sur Haïti le 4 octobre 2016. L’œil a directement frappé la côte du Sud-Ouest du pays et plus précisément la commune des Anglais. La faible vitesse de déplacement de Matthew explique l’ampleur des dégâts.

2- La 1ière impression

État de dévastation et de désolation couvrant la moitié du pays; le grand Sud et plus! 

Le plus manifeste est de Petit Goâve jusqu’à Jérémie. Cela représente environ 200 km de long et 30 km en largeur.

3- Perte en vies humaines

 Entre 300 décès (selon les autorités) et 1000 décès (selon d’autres sources) sont répertoriés. Aucune nouvelle de la région la plus affectée : Côte Sud.

4- Dégâts matériels

  • Toitures de milliers de maisonnettes, écoles, églises, centres de santé et d’hôpitaux sont à près de 80% détruites;
  • Destruction complète de maisons;
  • Mobiliers, effets scolaires perdus;
  • Le cheptel : mort de nombreux animaux; <<banque>> des paysans;
  • Les jardins inondés, récoltes perdues, semences détruites;
  • Nombreux arbres cassés qui accélèrent le processus déjà avancé du déboisement;
  • Des systèmes d’adduction d’eau potable des communes endommagés;
  • Les infrastructures routières, etc.

5- Moyens de communication

 Il s’agit d’une problématique importante. On commence à rétablir les voies terrestres brisées notamment le pont de Petit Goâve qui permet la circulation et livraison de l’aide vers Les Cayes et Jérémie. 
La région de la Côte-Sud est la plus touchée.  Les 4X4 ont pu arriver à Port-à-Piment seulement dimanche dernier. Il n’y a aucune communication de Chardonnières vers Les Anglais et Tiburon.

6- Écoles 

Les écoles des zones sinistrées et les autres services publics sont fermés en raison de leurs infrastructures qui sont mises à profit comme abris temporaires.

7-  Des chiffres

  • Population touchée : 1 million de personnes
  • Familles sinistrées : 115 000
  • Personnes sous abris temporaires : 175 000
  • Abris temporaires : 224
  • Enfants privés d’école : 100 000
  • Maisonnettes familiales : 80% détruites
  • Écoles détruites : 300
  • Morts : + de 300
  • Blessés : des milliers
  • Maladies du choléra : plusieurs victimes
  • Tronçons de route endommagés 
  • Systèmes d’adduction d’eau potable endommagés

Sources d’information : 

  • Le Nouvelliste
  • Radio Métropole
  • Communiqués de presse dont celui du CECI
  • Radio 32. Radio locale témoin sur le terrain

8- Régions les plus touchées 

  • Port-au-Prince : les dégâts sont davantage causés par les fortes pluies. Les quartiers populaires du bas de la ville comme Cité Soleil, où vivent près de ½ million de personnes, sont inondés, mais la vie semble reprendre lentement son cours depuis jeudi le 6 octobre;
  • Région de Hinche/ Plateau central : région épargnée,  rien de grave à signaler;
  • Région du Nord : vent et pluie, mais faible dégâts enregistrés;
  • Région de Port-de-Paix : plus affectée que la région de Cap-Haitien, mais pour l’instant rien de trop grave à signaler;
  • Le grand SUD : État de catastrophe lamentable pour la population qui se retrouve littéralement dans la rue et complètement démunie, sans toit, affamée, sans eau potable. Au moins 50% des maisons sont presque totalement détruites, et probablement plus selon les récentes photos du Nouvelliste-Haïti. 
  • Région la plus sévèrement touchée par les forts vents et pluie : à partir des Cayes vers la pointe du Sud-Ouest de l’île incluant surtout les villages situées entre Port Salut et Tiburon, sans oublier Torbeck, Jérémie, Damarie, les Irois et Anse d’Haineault. La région entre Port-au-Prince et Les Cayes légèrement moins frappée que cette dernière.

9- Les interventions sur le terrain

Au niveau des autorités politiques d’Haïti, c’est le Système National de Gestion des Risques et Désastres (SNGRD) qui est formé de :

  • La Direction de la Protection Civile (DPC) dirigée par madame A. Jean-Baptiste autour duquel doit graviter les autres acteurs de la 1ière réponse terrain : les ministères (MPCE) Intérieur et Finances, ONU, pays étrangers, ONG, etc. Une coordination semble se construire. Le gouvernement tente de marquer son leadership en référence à la mauvaise expérience de gestion lors du séisme de 2010.
  • Le Centre des Opérations d’Urgence National (COUN). Ces centres d’opération existent également au niveau des 10 départements et de plusieurs communes.
  • Une « unité de coordination » a été spécialement mise en place à l’aéroport afin de faciliter la réception de l’aide humanitaire, cette unité est composée du DPC, du Ministères de la Planification (MPCE), du ministère de  l’Intérieur et des Finances et de l’Unité de coordination des ONG.
  • Les ressources de la Maison des nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSHTA) et les USA sont mises à profit.

10- Aide déployée sur le terrain

  • Des distributions de kits d’hygiène, nourriture sèche et eau faites autour des Cayes par le mouvement Croix-Rouge et certaines ONG comme le CECI sous la coordination des autorités. Beaucoup reste à faire et la population assoiffée manifeste des  frustrations.
  • Des hélicoptères des Nations Unies ont livré de l’aide alimentaire canadienne aux Cayes hier et aussi à Jérémie, mais la gestion de la distribution est tout un défi pour les autorités. En raison de la grande misère des gens, ces opérations nécessitent un encadrement policier et militaire.
  • Certaines routes sont déblayées pour faciliter le passage à l’aide mais il reste énormément à faire.

11- Les priorités

  • Coordonner l’aide ou la volonté d’aider de chacun;
  • Ouverture des voies de communication;
  • Assurer de répondre adéquatement aux besoins des populations sinistrées et de respecter les structures de l’état;
  • Contrôler le choléra est devenu primordial.

12- Besoins exprimés selon les 3 phases de réponse aux besoins

Court terme : 
Réponse plus urgente au lendemain du cyclone : Rétablissement des communications, distribution de kits d’urgence aux familles, eau et nourriture sèche, visite des familles aux abris temporaires, soins des blessés, production de bilans provisoires, etc.

N.B. Seules les structures des autorités et de certaines ONG sont habilitées à intervenir dans cette sensible et délicate réponse d’où le rôle des autres organisations qui doivent limiter leur aide au moyen terme, soit la reconstruction.

Moyen et long terme : 
Réhabilitation des personnes affectées via la reconstruction des infrastructures : bâtiments, routes, systèmes d’adduction sans oublier l’appui psychologique.

13- Dommages répertoriés par la Conférence Haïtienne des religieux

  • « Les toitures des écoles emportées par les violents vents restent un handicap majeur pour le fonctionnement des écoles, ce qui ne permet pas  aux enfants de s’y rendre. Les enfants ont tout perdu pour la plupart et les parents sont dépourvus de tout moyen financier ou économique après le passage du cyclone. 
  • Une semaine après le passage du cyclone, la vie devient de plus en plus difficile; de nombreuses familles qui vivent dans des situations vraiment infrahumaines, par exemple: Pas d’eau potable, pas de nourriture suffisante, pas de toit pour dormir, pas de centre de santé pour se faire soigner en cas de maladie, les moyens de communication difficiles. Pire encore, même lorsqu’on a de l’argent en mains c’est difficile de trouver de quoi acheter pour étancher sa soif ou manger à sa faim. C’est compliqué !
  • La Conférence Haïtienne des Religieux par le biais de certaines communautés religieuses offre aux sinistrés certains produits. Cependant, ils aimeraient organiser trois camions de produits de première nécessité dans 22 jours, soit un camion par département (Sud, Grand ’Anse et Nippes). 
  • Vu l’étendue des dégâts, aucune communauté religieuse n’est en mesure de faire un bilan exhaustif. 
  • Les paysans ont tout perdu (têtes de bétail, jardins, maisons, instruments de pêche, etc.). En d’autres mots, ils ont les mains vides depuis une semaine. Pour ce, nous souhaitons ardemment leur offrir des semences pour des plantations, ce qui leur permettra d’avoir quelque chose dans trois à quatre mois pour subsister. »

Père PELTROP Gilbert, C.Ss.R
Sec Gnl de la CHR

14- Des demandes d’aide commencent à nous arriver

  • FODES-5
  • Les Petits Frères de Sainte-Thérèse
  • Médecins du Monde

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